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Accueil ACTUALITES

Agriculture urbaine et économie circulaire : Quand les moissons deviennent smart

12/02/2019
dans ACTUALITES, CONSTRUCTION DURABLE, INTERNATIONALES
5 minutes de lecture
agriculture urbaine : Economie Circulaire

agriculture urbaine : Economie Circulaire

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Actuellement, les projets d’agriculture urbaine connaissent un regain d’intérêt auprès des acteurs de la ville. Agriculture signifie étymologiquement cultiver un champ. La racine latine ager, qui signifie champ, désigne aussi, quand elle est au pluriel, le contraire de la ville : les champs et la ville s’excluent l’un l’autre comme on le voit dans la fable de la Fontaine, le rat de ville et le rat des champs. Agriculture urbaine est une donc un oxymore. L’urbs n’est pas le lieu habituel de l’agriculture.

Pourtant, les projets d’agriculture urbaine se multiplient, avec des objectifs variés : alimentation durable, donc locale, lien social, bien-être des populations, éducation à la nature, biodiversité, verdissement et aménité du paysage urbain, renforcement de l’autonomie des urbains et sécurité alimentaire etc. Mettre l’agriculture dans la ville ou à proximité immédiate de celle-ci a effectivement du sens, notamment d’un point de vue écologique.

Selon l’historien Jean-Michel Roy, spécialiste du monde rural et responsable de l’unité patrimoine à la mairie de La Courneuve en Seine-Saint-Denis, la ville et l’agriculture du XIXème siècle représentaient un modèle d’économie circulaire en matière de gestion des flux de matière. Les maraîchers livraient leur fruits et légumes et repartaient avec leur tombereaux remplis de déchets variés : fumiers de cheval (Paris comptait plus de 100 000 chevaux à la fin du XIXème), effluents des abattoirs, drêches des brasseries, meules des champignonnières, déchets verts, déchets domestiques divers, etc. Ces déchets étaient ensuite répandus sur les champs. En 1913, les exportations d’azote vers l’agriculture représentent environ 40 % des entrées d’azote alimentaire, soit plus de 9 100 tonnes (Barles, 2005). « Paris rend en engrais ce qu’il reçoit en nourriture », observait l’écrivain Maxime Du Camp en 1879.[1]

En France, la production de déchets organiques (hors déchets de l’agriculture et de la sylviculture) est de 46,4 millions de tonnes, dont 7,1 millions issus de déchets de cuisine collective, et 5,1 millions de déchets domestiques (ADEME, 2015). Les fermes urbaines sont une opportunité de création d’économie circulaire : elles pourraient permettre de traiter et assimiler une partie de ces flux de déchets via la mise en place de substrats intégrant ces déchets urbains, sous une forme compostée ou brute.

Le potentiel de l’agriculture urbaine dans le domaine de l’économie circulaire ne concerne pas seulement les flux de matières : la chaleur dégagée par certaines installations urbaines pourrait permettre de chauffer des serres, les plantes pourraient permettre de purifier des fluides urbains comme l’air ou l’eau, voire dépolluer des sols urbains contaminés. Les déchets agricoles pourraient être méthanisés pour produire de l’énergie. Les possibilités sont multiples et c’est pourquoi pour Guillaume Morel-Chevillet (note 1), l’avenir est dans la mise en réseau des projets d’agriculture urbaine, sur le modèle de la smart city, au niveau d’un territoire.

Si le concept contemporain de smart city est pertinent pour penser l’avenir de l’agriculture urbaine, il pourrait également être intéressant de se pencher sur des concepts plus anciens. En France, l’agriculture est associée à la notion de terroir, mot qui ne semble pas avoir de traduction dans les autres langues européennes. Ce terme désigne à la fois un territoire agricole, mais aussi les savoirs et les pratiques des sociétés humaines qui y vivent, leurs méthodes de production, les espèces cultivées ou élevées, la nature géologique de la terre, le microclimat local : il s’agit d’un ensemble disparate d’éléments naturels, culturels, et historiques, contribuant à une production agricole typique et parfois détentrice d’une AOP ou d’une AOC, appellation d’origine protégée ou contrôlée, validée par un organisme certificateur. Pour une partie de la population, le terroir a une dimension identitaire. Il est généralement objet de fierté et est garant de la qualité des productions et d’une stabilité du goût des produits. Un reblochon a toujours le goût du reblochon, même s’il y en a de plus ou moins bons. Cette notion de terroir est utilisée dans un nombre grandissant de régions du monde car sa valeur économique et stratégique est évidente.

Pourquoi rappeler ce qu’est un terroir ? Pour deux raisons : d’une part car cette notion est fondamentale pour l’agriculture traditionnelle de la campagne – des champs devrait-on dire ! – et car, d’autre part, dans le cas de l’agriculture urbaine, il n’y a pas, ou pas encore, de terroir. Le terroir se fonde sur un attachement des sociétés humaines locales à la tradition et à son respect, mais il n’est pas pour autant figé. Son origine se perd dans la nuit des temps, et cette histoire ancienne explique en partie sa valeur. Mais cette valeur ne vient pas uniquement du passé. Il s’agit aussi d’une attention particulière portée sur ce que l’on produit. Dès lors, rien n’empêche d’imaginer que les villes deviennent elles aussi des terroirs, d’autant plus qu’un certain nombre d’entre elles ont une histoire agricole sur certaines de leurs parcelles.

Prenons l’exemple des vignes de Montmartre, dont la présence est attestée dès 944 selon wikipedia, mais qui ont plusieurs fois été menacées par des projets immobiliers, jusqu’à disparaître complètement en 1928. Elles ont été replantées à la demande des habitants du quartier. Toujours selon wikipedia, le vin de Montmartre a longtemps été considéré comme de la piquette mais ce n’est plus le cas actuellement car tout est fait pour que le vin soit excellent. En 2016, une œnologue et un vigneron s’occupaient de cette vigne, qui a produit presque 2000 kg de raisins, cultivés en bio, sans pesticides. La récolte est l’occasion d’une fête des vendanges. Le vin est vendu aux enchères au bénéfices d’œuvres sociales. A l’initiative des habitants, l’histoire de cette vigne se prolonge donc dans l’époque moderne, et un micro terroir est peut-être en cours de formation.

Un terroir reconnu est un atout économique compétitif. La création de terroirs urbains pourrait encourager la production urbaine de qualité. Mais ce qui est intéressant dans la notion de terroir, c’est qu’il désigne une communauté humaine liée à son territoire et à son écosystème. A l’heure où les villes cherchent à créer à la fois de la biodiversité et de la cohésion sociale et du lien entre les habitants, le terroir urbain pourrait être un bon début. D’ailleurs, si dans le passé les vendanges et les moissons étaient des moments de travail intense, elles étaient aussi des moments de fête et de célébration : les travaux agricoles avaient une fonction de création de lien social.

L’agriculture urbaine la plus vertueuse serait donc capable de mettre en pratique à la fois les concepts du passé et ceux du futur, tout en étant respectueuse de son environnement social et écologique. Finalement, la smart terroir city serait-elle l’avenir de l’agriculture urbaine ?

Anne-Laure Boursier, Philosophe
développeuse de solutions d’économie circulaire
Société Neo-Eco

Source : Construction21 France

 

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