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Des smart cities sans smart citoyens ?

Médinas : le génie peut-il encore ressurgir ?

Ces dernières années il ne se passe pas un mois sans qu’une conférence, un colloque ou un évènement ne traite de la ville intelligente, ” smart cities “. Ces manifestations émanent à la fois d’établissements publics (ministères, mairies, communes…) que de volontés privées initiées généralement par les associations professionnelles comme celles des architectes ou des ingénieurs qui se gargarisent en traitant de sujets pédants.

Avant de mettre à profit les extraordinaires technologies disponibles aujourd’hui et la multitude d’innovations qu’elles ont permises, la ville intelligente dont il est question nécessite d’abord des citoyens sains de corps et d’esprits. Or, force est de constater que ceux-ci sont, pour le moment, de très mauvais candidats à cette mutation si prometteuse soit-elle. Il faudrait pour cela revoir les préalables de la vie sociale et, pour commencer, revoir radicalement nos programmes éducatifs.

Durant tout leur cursus scolaire, élèves, étudiants et professeurs devront, chaque année, recevoir des cours d’instruction civique afin d’apprendre comment marcher dans la rue, pourquoi faire la file devant les guichets de toute sorte, comment respecter le sens de la fille des voitures et les priorités, pourquoi il ne faut pas cracher ni se moucher dans la rue etc.

Nos futurs concitoyens devront apprendre à marcher sur le trottoir, respecter les passages cloutés et, quand il n’y en a pas, traverser avec vigilance. Avec leurs voisins et familles ils devront apprendre à ne pas mentir ni tricher et ne pas jeter les déchets à même la rue ni d’y déposer leurs déjections.

Lorsque ces préalables, et bien d’autres, seront satisfaits, on pourra alors parler de smart city car celle-ci ne peut se faire qu’avec des citoyens impliqués. Pour activer cette prise de conscience il ne suffit pas seulement d’éduquer et de rééduquer des citoyens il faudra également manier le bâton. L’Etat, en imposant, sans perdre de temps, des sanctions et amendes coercitives pourrai arriver rapidement à préparer ses citoyens à cette ville intelligente.

Cela est déjà arrivé à Singapour, aujourd’hui déclarée ville la plus propre au monde où on écope d’une amende 5000 dhs quand on a fumé dans les lieux publics et 5000 autres dhs pour avoir soufflé la fumée en direction du voisin sans compter 2500 dhs pour avoir jeté son mégot ailleurs que dans les cendriers. Cracher par terre vous en coutera 300 dhs et 1000 dhs pour avoir quitté les toilettes publiques sans avoir tiré la chasse. Mâcher ou tout simplement porter sur soi du chewing-gum est une infraction très grave dont les sanctions sons biens plus lourdes.

Cette ville intelligente dont on nous vante chaque jour les vertus ne sera possible qu’au bout d’une prise conscience collective qui devra faire converger éducation sociale et numérique. Deux conditions indispensables à faire évoluer nos systèmes urbains ruralisés; au fonctionnement vertical; vers une économie horizontale collaborative qui sous-tend que chaque citoyen est un consom’acteur. De nos jours une denrée rare.

Fouad Akalay

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°167 – Décembre 2018

 

 

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