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Interview avec Said Bouanani, Directeur général CETEMCO

CETEMCO : Said Bouanani

À quel moment le CETEMCO a pris l’initiative de traiter des déchets de béton déconstruit et des boues marbrières (V2D &VBM) ?
Said Bouanani : Pour V2D, nous avons découvert ce sujet lors du congrès international matériaux et stabilité structurelle, tenu à la faculté des sciences de Rabat du 27 au 30 novembre 2013, à l’occasion d’une présentation effectuée par Laurent Izoret de l’ATILH (Association Technique des Industries des Liants Hydraulique- France) portant sur la valorisation des déchets de démolition dans l’industrie cimentière.

Pour VBM, c’est un besoin prioritaire qui a été exprimé par les marbriers marocains lors d’une réunion du comité sectoriel de l’industrie de la pierre tenu au CETEMCO en avril 2014. Nous avons défini, avec les professionnels concernés, les termes de référence de ces projets que nous avons présenté pour un financement par le FACET (Fonds d’Appui aux Centres Techniques) lors de la deuxième édition de l’appel à projets en 2015 .

Pouvez-vous nous parler un peu plus en détail de ces deux projets ?
S.B : Pour V2D : il faut rappeler d’abord que les déchets issus des chantiers de construction et de démolition (DCD) posent une sérieuse problématique au Royaume et ce, en raison des quantités importantes qui y sont générées chaque année (estimées à quelque 9 millions de tonnes). En effet, en absence d’une filière de tri et de valorisation, ces déchets n’ont pour l’instant aucun exutoire et sont donc rejetés de manière non contrôlée dans le milieu naturel et au voisinage des agglomérations.
L’Etat Marocain à travers, le Secrétariat d’Etat chargé du Développement Durable a initié la réflexion à ce sujet avec des institutionnels, des professionnels et des associations à travers la réalisation d’une étude pour évaluer la faisabilité de la mise en place d’une filière de valorisation de ces déchets.

Pour apporter une contribution complémentaire, le CETEMCO s’est intéressé à ce sujet sous un angle purement technique et scientifique visant la valorisation dans la branche des industries des matériaux de construction.
Le projet du CETEMCO a visé l’étude des voies les plus viables techniquement pour la valorisation des bétons déconstruits. L’objectif étant de favoriser l’utilisation des bétons déconstruits comme intrants dans la production de clinker, de ciment maigre (liants routiers) et de bétons courants. Les résultats du projet ont démontré la possibilité d’incorporer jusqu’à 5% de déchet dans le ciment, 20% dans le béton et jusqu’à 100% dans le clinker. Bien entendu ces résultats sont obtenus à partir d’un béton déconstruit fabriqué au laboratoire donc exempt de polluants.

Pour VBM : Il faut savoir que L’industrie du marbre produit chaque année, à travers son processus de transformation, des tonnes de boues de marbre qui posent de réels problèmes aux professionnels en charge de leur gestion. Ces boues, qui finissent généralement entreposées dans la nature, engendrent des impacts environnementaux et sanitaires certains qui sont difficilement mesurables. Nous pouvons néanmoins citer, entres autres, les émissions de particules en suspension dans l’air, les immiscions (chute de particules lourdes par terre), les emprises, etc.

C’est face à cette problématique de base soulevée par la nécessité de devoir gérer les boues de marbre produites par l’industrie marbrière qu’est née la réflexion d’un projet sur la validation des voies de valorisation de ces boues avec une approche réaliste et contextuelle. L’objectif du projet a été la démonstration de la possibilité de valoriser différents types de boues qui proviennent du processus de production et de transformation de la roche de marbre.
Les résultats du projet ont démontré la faisabilité technique et économique de la valorisation des boues de marbre dans la fabrication des mortiers de ciment, des carreaux en ciment et des appareils sanitaires.

Quelles sont les étapes et les contraintes que vous avez rencontré dans cet ambitieux projet ?
S.B : A travers ce projet on en a déduit la nécessité du tri sélectif des déchets de déconstruction : séparer le béton des autres composants d’un ouvrage : plâtre, ferrailles, bois…puis ensuite procéder au laboratoire à la caractérisation chimique et minéralogique de la matière qui sera valorisée. Sans ces informations on ne peut se prononcer sur la valorisation quantitative. On en a déduit également la nécessité d’organiser la filière depuis la génération de ces déchets jusqu’à leur réutilisation en passant par leur collecte, leur tri et leur traitement : séchage, concassage, criblage …

Quels bénéfices sont attendus du développement de ces deux projets ?
S.B : En termes de bénéfices, il y a lieu de considérer les économies des ressources minérales primaires, la disponibilité du terrain et une meilleure qualité environnementale de l’espace de vie.

Quant aux bénéficiaires, on peut citer les industries cimentières et les bétonniers d’un côté, les marbriers de l’autre côté ainsi que les investisseurs qui souhaitent se lancer dans les applications de valorisation de ces déchets. Un autre gros bénéficiaire à long terme, c’est la communauté qui se débarrassera progressivement de ce fléau environnemental que sont les déchets des matériaux.

Avez-vous quantifié ces ressources ?
S.B : On a estimé dans nos deux études, les déchets de déconstruction à 9 000 000 de tonnes/an et les déchets de boues de marbre à 100 000 tonnes/an.

Qu’attendez-vous de concret après votre initiative ?
S.B : De l’avis de l’expert international présent lors du séminaire, le CETEMCO a réalisé un travail d’une valeur scientifique et technique remarquable. Les conclusions de ce travail doivent inciter l’Etat à engager des actions concrètes pour aboutir à une organisation de la filière. Quant aux industriels concernés par ces projets, ils doivent se les approprier et les poursuivre par des essais industriels afin de mieux les cerner techniquement et les évaluer économiquement. Le CETEMCO reste à leur disposition pour toute collaboration complémentaire dans ce domaine.

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°166 – Novembre 2018

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