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Play City et ses fondements théoriques expliquée par Selma MAAROUFI à l’ENA

Play City est une initiative portée par NoRA (Network of Research & Architecture), un jeune studio international basé à Amsterdam, Pays-Bas et co-fondé en 2017 par Kaveh Dabiri, Keigo Kobayashi et Selma Maaroufi, trois anciens collaborateurs de l’architecte et théoricien néerlandais Rem Koolhaas. Selma Maaroufi est venue présenter les fondements théoriques de cette réflexion lors d’une conférence tenue à l’ENA le 10 Décembre. Elle s’explique.

Au printemps 2018, NoRA répondait à un appel à projets lancé par le Fonds Néerlandais pour les Industries de la Création qui invitait diverses disciplines à soumettre un projet de recherche et de développement autour du thème de l’Urbanisation dans 4 pays : Maroc, Egypte, Russie, Turquie.

Notre proposition de générer un réseau d’espaces publics programmés parsemés dans Rabat – notamment dans les quartiers les plus populaires – avait alors été retenue par le Fonds qui a cofinancé une 1ère phase de Recherche permettant, entre autres, un inventaire préliminaire de sites potentiels dans la ville puis une 2ème phase de Conception/Réalisation au cours de laquelle le studio a développé une proposition d’aménagement pour un site pilote. 

Cette 2ème phase a été l’occasion d’une immersion de 12 mois dans la capitale administrative du Royaume. Play City part du postulat que l’urbanisation de la Ville de Rabat s’est traduite quasi exclusivement par la démultiplication de la masse bâtie sans toujours s’accompagner d’espaces ouverts de respiration, de loisir. Les grands vides structurants (jardin d’essais botaniques, avenue Mohammed V, forêt Ibn Sina) datent, en effet, du Protectorat où ils avaient non pas été dessinés avec la ville, mais avant la ville, anticipant son expansion. Ces espaces publics (généralement très bien entretenus) remplissent pour la plupart un rôle de Représentation et non nécessairement d’Usage. Or, les espaces ouverts et programmés avec une vocation assumée d’animation – qu’elle soit ludique, culturelle, sportive – sont nécessaires pour assurer à chacun un espace d’expression et conférer à tous un sentiment d’appropriation : l’usager veillera sur son espace public s’il a le sentiment qu’il lui appartient. 

Ce sentiment paradoxal d’appropriation d’un espace partagé, où les riverains se rencontrent et forment une société solidaire, est la condition sine qua non d’une cohabitation urbaine sereine. Par ailleurs, l’espace de jeu dans la ville joue un rôle formateur dans la construction personnelle, culturelle et intellectuelle des plus jeunes. 

Les aménagements récents de la corniche avec des aires de jeux, skate-park, etc. indiquent à ce titre un besoin patent auquel la Ville commence à répondre. Néanmoins, il ne s’agit pas de rattraper le retard en ne réalisant uniquement que de grands espaces, de grande envergure, qui deviennent des destinations exceptionnelles ou périodiques – car tout le monde n’habite pas le long de la corniche et ne peut s’y rendre ou y emmener ses enfants tous les jours. Il s’agit aussi de démultiplier de petits espaces, plus modestes et plus quotidiens, au cœur même des communautés résidentielles. 

Et c’est à cela que Play City veut s’attacher : investir opportunément les interstices vacants de Rabat pour y injecter des programmes urbains partagés au cœur de ses quartiers denses. 

La conférence du 10 Décembre dernier nous a permis de partager avec l’auditoire les fondements théoriques de la réflexion qui nourrit l’initiative Play City (Archigram, Debord, Huizinga, Lefebvre, van Eyck, entre autres) et l’importance pour toute ville de comprendre le Jeu dans sa définition la plus vaste et ne pas le réduire à la seule activité ludique sans enjeu : le Jeu désigne aussi la marge essentielle, l’espace laissé libre à l’appropriation par chacun. 

Selma Maaroufi
Architecte

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°179 – Janvier 2020

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