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Interview avec Nabil El Hilali, Professeur Chercheur à l’ESCA, Consultant sénior en management de l’innovation et design thinking

Nabil El Hilali professuer chercheur à l'ESCA

Nabil El Hilali est professeur Chercheur à l’ESCA, Ecole de management de Casablanca et Consultant sénior en management de l’innovation et design thinking.

A+E // Casablanca a connu l’année dernière sa première Design Week. Comment expliquez-vous que le projet soit porté par un collectif atypique, c’est-à-dire ni institutionnel, ni établi dans la scène culturelle ou économique ?
Nabil El Hilali : En tant que chercheur qui observe de près l’émergence du design au Maroc en une logique de design management, il y a quelques années en entreprise, du Marketing management, du Supply chain management etc., les porteurs de projet sont des « Matters of Concerns », autrement dit des jeunes qui ont pris conscience qu’il leur appartient d’agir ici et maintenant afin de montrer ce que c’est que le design.

Le design, rappelons-le, ce n’est pas de la déco, mais le vecteur clé de l’innovation d’aujourd’hui dans les produits, les services et les process. C’est une action saine et intelligente qui va à l’opposé des attitudes attentistes et défaitistes. Une design week montre au grand public et aux parties prenantes les possibilités qu’offre le design au service du développement. Donc, quand de jeunes designers fédèrent un écosystème pour montrer la réalité de leur métier en l’associant à une grande ville à l’instar d’une Paris Design Week, London Design Week etc. , qui au passage est une capitale économique, le pari est gagné.

A+E // Pourquoi, selon vous, cela n’a pas eu lieu avant ?
N.H : Objectivement, le design en tant qu’idée, discipline, vecteur de l’innovation est en émergence partout dans le monde, le message si je puis dire et la prise de conscience arrivent au compte-goutte. Je crains que les personnes aux responsabilités d’une grande ville n’aient pas eu l’opportunité de comprendre les enjeux d’un évent comme la design week. L’action donc réalisée par un groupe de jeunes amorce certainement une prise de conscience. L’implication de la ville viendra certainement par la force des choses.

A+E // Quels étaient les enjeux pour vous ?
N.H : L’enjeu consistait à casser cette image qui colle au design liée à de la pure décoration. Sur ce point, le challenge a été réussi. Le grand public a pu observer de près les créations de designers séniors et juniors dans des domaines divers et variés, il a pu ainsi voir ce que c’est que le design produit, le design graphique, le design d’environnement, le design packaging, le design des services, et échanger avec des designers sur la réalité de leurs métiers et les interactions possibles avec d’autres parties prenantes autres que les designers.

A+E // Quel enseignement en tirez-vous ?
N.H : En me situant depuis le prisme de la recherche, je dirai que la Casablanca Design Week est un cas unique dans le monde car d’habitude, ce sont les villes qui réfléchissent à ce type d’évent qui est aujourd’hui un classique des grandes villes et finissent par l’instaurer. Dans ce cas précis, la donne est inversée, ce sont de jeunes designers qui prennent leur destin en main et agissent en offrant à une ville comme Casablanca sa première Design Week. Au passage, ils cassent cette idée de design déco élitiste et montrent le lien qui unit le design à l’artisanat dans un pays où l’artisan participe grandement au PIB du pays.

A+E // En quoi, selon vous, cette première édition est une réussite ?
N.H : Je dirai, rapprocher le designer de son environnement direct. Les designers ont pu expliquer et raconter leur itinéraire, leur démarche de création à un public averti et profane, ils ont pu montrer la réalité économique du design et le potentiel que celui-ci offre au service de l’économie locale et alerter les pouvoirs publics à propos des enjeux en termes de marketing de la ville et de développement social et économique favorisé par le design.

A+E // Quels sont les défis des prochaines éditions ?
N.H : Je dirai installer la « normalité » de l’expérience Design Week et pourquoi ne pas l’étendre aux autres grandes villes marocaines et de chercher encore plus de synergies avec beaucoup plus de parties prenantes.

Entretien realisé par Ghita ZAOUI

Paru dans A+E Architecture et Environnement au Maroc N° 12 – Décembre 2018

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