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Médinas : le génie peut-il encore ressurgir ?

Fouad Akalay : La ville de demain

Le Comité central de pilotage des programmes de réhabilitation et de mise en valeur des médinas de Rabat, Salé, Fès, Meknès, Marrakech, Essaouira, Tétouan et Casablanca a tenu, récemment, une réunion consacrée à l’évaluation et au suivi de l’état d’avancement de ces projets.

Ahmed Toufiq, le Ministre des Habous et des Affaires Islamiques, a affirmé que « les médinas reflètent nos composantes civilisationnelles, culturelles et religieuses et abritent des monuments et bâtiments historiques : mosquées, écoles, hôtels, qui représentent une partie de notre Histoire et témoignent du sérieux et du génie de ceux qui les ont construits ».

Il est certain que les Médinas du Maroc font actuellement l’objet d’une sollicitation sans pareille. Mais tous les hommages qui sont rendus à cet établissement humain, exemplaire à plus d’un titre, ne sont pas à la hauteur de sa cohérente complexité puisque, bien avant la conférence de Rio, cette agglomération exemplaire avait déjà posé les bases du développement durable.

Les trois piliers de ce développement vertueux qui sont traditionnellement utilisés pour le définir que sont l’économie, le social et l’environnement formaient une harmonie parfaite : un équilibre subtil entre végétal et minéral, une économie énergétique induite par la modénature architecturale, une priorisation de l’espace piétonnier, une densité du bâti, une gouvernance commune des espaces urbains, une gestion de l’espace conforme aux usages sociaux etc.

A l’heure où en Europe de grands centres commerciaux, situés à l’extérieur des villes, son en train de fermer et que la dynamisation commerciale des centres villes historiques et leur piétonisation sont à l’ordre du jour, nous continuons à construire des banlieues horribles à coup de barres de béton ou d’étalement sans fin de maisons individuelles, d’une laideur indescriptible, au détriment de l’espace rural vital. Les politiques dénuées de vision des différents Ministères chargés de la ville qui se succédés font que les agglomérations s’étendent à perte de vue sans compacité aucune, n’offrant aucune expression sociale et induisant de longues distances engendrant des pics de pollution insupportables.   

Plus de soixante ans après l’indépendance aucune réflexion sérieuse n’a été portée à la question de savoir comment, à l’heure actuelle, on pourrait, en prenant comme référence la Médina et la projection de son modèle durable à notre époque, proposer un autre forme d’urbanisme où le piéton est prioritaire, l’habitat dense et bioclimatique offrant un lien social proche de nos traditions séculaires inscrites dans
nos gênes marocaines.

A ce titre j’aimerai, pour conclure, rappeler les mots de Marc Gossé, architecte et anciennement professeur d’architecture à La Cambre- Bruxelles qui répétait avec conviction « Nous avons travaillé pratiquement durant 25 ans d’enseignement, avec nos étudiants, sur l’hypothèse que la médina pouvait devenir un modèle d’avenir et devait constituer un savoir fondateur pour tout architecte et urbaniste confronté aux questions architecturales et urbanistiques au Maghreb ».

Fouad Akalay

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°172 – Mai 2019

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