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Le rôle fondateur du paysage dans l’histoire des villes marocaines

Riche d’une tradition ancestrale en matière d’art des jardins et de paysage, le Maroc est connu et reconnu à l’échelle mondiale comme l’un des rares pays à avoir su sauvegarder et perpétuer son savoir et ses traditions en matière de paysage.

Depuis les premières installations humaines, le jardin et plus largement la nature ont toujours été étroitement liés à la vie de la cité traditionnelle.  Véritables ville-jardins, les médinas se sont développées autour d’une multitude d’espaces plantés hiérarchisées autour de l’eau, allant du riad privatif à l’intérieur des demeures aux grands vergers extra-muros (jnan) en passant par les agdal, vergers clos irriguées et les arsa situés à l’intérieur des remparts des médinas.

Aujourd’hui, de très beaux témoignages de la tradition paysagère marocaine sont encore visibles. Des jardins ancestraux font figure de modèles et continuent d’attirer des touristes du monde entier. Les plus anciens et les plus célèbres sont les jardins de l’Agdal et de la Menara à Marrakech créés sous la dynastie almohade au XIIème siècle. Vaste verger protégé de murailles de près de 500 hectares (pratiquement la superficie de la médina – 600 hectares) situé au sud de la médina, l’Agdal de Marrakech est la réalisation paysagère la plus vaste et la plus remarquable à l’échelle de la ville : les jardins de l’Agdal marquent l’avènement du style du jardin « à l’almohade » magnifié grâce aux vues exceptionnelles sur l’horizon des montagnes de l’Atlas au sud. 

C’est grâce au savoir-faire hydraulique ingénieux des Almoravides (XIème siècle) que vont pouvoir se développer l’ensemble de nos grands agdal et des jardins nourriciers. Les Almoravides vont en effet mettre en place un système de galerie drainante (khettaras) pour capter les eaux de la nappe phréatique et les acheminer en surface jusqu’aux jardins même dans les régions les plus arides. Au XIIème siècle, le Almohahes vont compléter ce réseau de khettara par des aqueducs (seguia) qui vont permettre de dériver et de conduire l’eau des oueds sur plusieurs dizaines de kilomètres. Des vestiges de ses seguias sont toujours visibles en plein cœur de Rabat. 

Outre les agdal et les arsat, les medinas étaient entourées de ceintures de vergers (jnan, souanis) comme nous pouvons encore les voir aujourd’hui à Fès, Meknès, Marrakech (dans la palmeraie) ou dans les oasis du sud du pays, ses jardins formaient à la fois des jardins nourriciers et de loisirs. La tradition de la Nezaha fait en effet partie des usages ancestraux des marocains, qui continuent encore aujourd’hui de perpétuer la tradition du loisir à la campagne, allant chercher la nature aux portes de la ville dans les jardins et les espaces naturels (oued, montagne, forêt,  etc.).

Le Maroc dispose d’un patrimoine architectural unique. L’aménagement paysager et les jardins font partie des horizons urbains. Les villes ont toujours été conçues sur un parfait équilibre et une harmonie heureuse entre le minéral et le végétal.

Mounia BENNANI
Architecte paysagiste

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°179 – Janvier 2020

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