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La ligne bleue de l’océan

El Montacir Bensaïd

Les urbanistes, les aménageurs et autres faiseurs de plans d’aménagement (PA) n’aimeraient-ils pas l’eau ? That is the question !
Veulent-ils absolument bétonner la vue pour que disparaisse à jamais la ligne bleue de l’océan ?

Parce que si ça continue comme ça, on devinera plus qu’on ne verra la mer. L’axe Rabat-Casablanca connait une invasion sans nom de bâtiments en tous genres, les uns plus moches que les autres, mélangeant allègrement équipements touristiques, résidences secondaires luxueuses avec habitat économique, cafés, commerces en tous genres, spas, salles de sport, salons de coiffure…C’est la foire !

Les agences urbaines veillent au respect des documents d’urbanisme qu’elles ont-elles-mêmes pondu ! Waw ! Ça me fait une belle jambe !

Qui a conçu ces PA, sans avoir mis les pieds dans l’aire d’étude concernée ni avoir pris en considération les mobilités, le paysage urbain, le domaine maritime, la préservation des espaces de loisir et de promenades ? Qui a ghettoïsé le tronçon Témara-Bouznika ? Qui a hypothéqué l’avenir de toute une région sans faire de projections sur les densités des populations ?
Nous avons sous les yeux l’expérience espagnole des années 70 à 90 et le bétonnage sauvage de la Costa del Sol, avec ses nuisances, ses problèmes de circulation, le traitement des eaux usées, la pollution du littoral…Et qu’est-ce qu’on fait en élève studieux et attentif à imiter sans réfléchir les voisins du nord, les donneurs de leçon, les « civilisés » ?

On copie bêtement, connement le fiasco du siècle dernier chez les autres pour s’accrocher au train du modernisme qui nous a largués il y a bien longtemps.

Pourquoi ? Sommes-nous incapables de faire de l’urbanisme ? Avons-nous une vision si étriquée que nous n’évaluons pas l’impact de nos actions sur les générations futures ?

Nos médinas étaient pensées par des gens simples et pratiques et elles ont fait leurs preuves pendant des siècles ! Alors où avons-nous avons échoué ?

La réponse s’impose : la spéculation foncière, les passe-droits, les pressions des promoteurs et autres organismes étatiques et semi-étatiques.

La réponse est aussi : le manque de vision et de coordination.

Les agences urbaines doivent faire appel à des architectes et urbanistes compétents travaillant en partenariat avec leurs propres équipes pour concevoir et penser les PA.

Elles ne peuvent pas être unilatéralement juges et parties.

Au Mexique, pays très éloigné de nous géographiquement mais extrêmement proche  par rapport aux défis de l’habitat insalubre, du clandestin et des bidonvilles, de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, le gouvernement fédéral a créé une agence chargé exclusivement de veiller à la préservation  des zones littorales et au contrôle des PA y afférents avec des droits de véto.

N’en déplaise à certains détracteurs nous avons d’excellents architectes, urbanistes, designers, paysagistes, ingénieurs mais nul n’est prophète en son pays et les mauvais continuent à recruter du mauvais pour faire du mauvais.

Et tourne le manège. 

El Montacir Bensaïd
Architecte

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°177 – Novembre 2019

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