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Habitat menaçant ruine et patrimoine: les aides seront-elles au rendez-vous ?

Fouad Akalay : La ville de demain

Le monde concerné par la protection du patrimoine immobilier semble bouger sérieusement. Que ce soit celui en état de délabrement ou celui à charge patrimoniale. Mais quels sont les prémices de cette nouvelle prise conscience salutaire ?

Primo la société civile qui, très tôt, a sonné l’alarme. En premier lieu Casa Mémoire véritable précurseur dans la prise de conscience nationale de la nécessité de protéger le patrimoine de la ville blanche qui recèle des trésors en matière d’architecture du 20° siècle. S’en est suivi Rabat Salé Mémoire et la vertueuse tache d’huile semble toucher les autres villes du Maroc.

Secundo, toujours à mettre au crédit de l’initiative privée, le petit monde d’éclaireurs de la formation s’est aussi mis en branle. Ainsi en est-il de l’initiative d’Anfora Terra qui lance cette année, une formation de pointe. En partenariat avec l’Université de Grenade (UGR), elle délivrera des diplômes d’Expert en ingénierie de réhabilitation, restauration et conservation d’édifices et de monuments. Cette formation qui tombe à point nommée est indispensable à la concrétisation de cette prise de conscience.

Car la problématique de restauration et de réhabilitation nécessite un savoir-faire spécifique et pointu auquel les architectes et ingénieurs n’ont pas accès durant leur cursus classique. Le Maroc qui a colonisé l’Espagne pendant huit siècles a laissé une architecture qui a des similitudes avec la nôtre, notamment dans les tissus anciens. Bénéficier de l’expérience espagnole est un atout non négligeable étant donné que nos voisins ibériques ont une approche “terrain” très appréciable.

Enfin, l’Etat vient, enfin, de réagir après des décennies de léthargie devant les dégradations manifestes et continuelles qu’a subit le patrimoine et l’habitat menaçant ruine sans compter les pertes en vies humaines. En effet la création de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine et la Réhabilitation des Bâtiments menaçant ruine vient de voir le jour et tiendra le le mercredi 30 janvier 2019, la première session de son Conseil d’Administration.

Désormais les ingrédients sont réunis pour venir à bout de ce fléau : la volonté Etatique de créer une agence dédiée, la société civile qui s’organise et la formation, chainon indispensable pour la mise en oeuvre de cette politique.

Dès lors que manque-t-il ? Le nerf de la guerre pardi ! Les investissements pour mener à bien ces restaurations, pour rémunérer les études, les formations et surtout les aides qui seront mises en place. Sur cet aspect le Maroc a toujours manqué de clairvoyance.

Comme d’ailleurs ce fut le cas pour l’efficience énergétique des bâtiments dont le grand chantier n’a toujours pas démarré malgré les coups de communications soporifiques démentis par le verdict accablant des chiffres.

Fouad Akalay

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°168 – Janvier 2019

 

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