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La filière industrielle du meuble en danger

filière industrielle du meuble

Le Ministère de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie Numérique qui a été saisi d’une requête, émanant de la société CEMA BOIS DE L’ATLAS « CBA », a ouvert une enquête par laquelle elle demande l’application d’une mesure de sauvegarde sur les importations de panneaux de bois revêtus. Si cette demande devait aboutir elle profiterait à seul opérateur au détriment du développement d’une filière industrielle du meuble qui a toujours manqué à ce pays à cause, justement, de positions monopolistiques.

Après examen, le Ministère a conclu que la requête est recevable au sens de l’article 56 de la loi 15-09 et que les éléments et renseignements qui y sont contenus sont objectifs, documentés et suffisants pour justifier l’ouverture d’une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de bois revêtus.

En conséquence, le Ministère a décidé, après avis de la commission de Surveillance des Importations (COSI), d’ouvrir une enquête de sauvegarde sur les importations de panneaux de bois revêtus et ce, conformément aux dispositions de l’article 57 de la loi 15-09.

L’ouverture de l’enquête a pris effet à compter du 31 juillet 2018 et concerne le panneau fabriqué à partir de morceaux de bois agglomérés ensemble par un liant, à l’exclusion des panneaux dits « OSB » (Oriented Strand Board) et « Waferboard », recouverts en surface soit de papier décor mélaminé, soit de plaques ou de feuilles décoratives en matière plastique.

Selon la requête et d’après les informations dont disposerait actuellement le Ministère, le total des importations du produit concerné aurait augmenté de 2,5 millions de m² pendant la période 2013-2017, équivalent à une augmentation de 140%. D’après l’avis public 9/18 relatif à l’ouverture de l’enquête « Cet accroissement massif des importations semble être le résultat de circonstances imprévues, telles que l’augmentation des capacités de production dans les pays tiers dans un contexte caractérisé par une baisse considérable de la consommation domestique dans lesdits pays tiers avec une perte importante de débouchés régionaux au cours des dernières années … de même, ladite requête fait valoir l’existence des éléments de preuve suffisants montrant que le volume et les prix des importations du produit considéré ont causé un dommage grave à l’industrie nationale, matérialisé par une dégradation de plusieurs indicateurs économiques, notamment la part de marché, la profitabilité, les prix de vente et l’emploi ».

Or les importations marocaines répondent en premier lieu en quantité à un besoin du marché domestique et dans un second à la compétitivité du prix des dits panneaux. Or, à notre connaissance, la société CBA n’est pas en mesure depuis un certain temps de subvenir, à elle seule, aux besoins du marché puisque elle-même serait importatrice des panneaux de particules bruts nécessaires à la fabrication des panneaux mélaminés objets de la requête. Cet accroissement naturel du marché du panneau dérivé du bois remplaçant en partie le bois massif s’est opérée, d’ailleurs, dans tous les pays du monde.

On croyait ces pratiques d‘un autre âge révolues. Celles de ces industriels prédateurs marocains qui n’ont jamais créée « d’affaires », se contentant la plupart du temps d’acheter des fleurons industriels crée par d’autres investisseurs éclairés et entreprenants. Des industriels ayant de préférence une position dominante dans leur secteur d’activité ou de quasi-monopole. C’est encore mieux, mais le Maroc a changé !

En voulant limiter le choix des finitions et textures à la production nationale limité, elles portent atteinte d’abord à la créativité des architectes, architectes d’intérieur et autres designers marocains qui eux doivent pouvoir bénéficier et trouver sur le marché national toute la panoplie et diversité des produits disponibles à travers le monde. Car ces artistes sont soumis à une concurrence internationale qui ne connait pas de frontières. Les produits finaux qu’ils livrent sont tributaires de cette liberté de choix.

Sur un autre plan beaucoup de producteurs nationaux de portes et autres mobiliers en bois doivent le faire sur la base d’un cahier de charges extrêmement précis et contraignant. Ce qui est le cas pour la majorité c’est le respect de la norme CE. Ceci passe obligatoirement par des produits de qualité respectueux de l’environnement. Ce qui n’est pas le cas pour nombre d’industriels marocains qui ne s’encombrent pas de ces obstacles mis en place par la communauté européenne afin protéger la santé de ses citoyens. Limiter ou interdire l’importation de ces produits condamnerait ces entreprises à ne plus pouvoir exporter, mettrait en péril leur existence même. Des milliers d’emplois qualifiés, issus d’une filière respectueuse des meilleurs standards internationaux, seraient perdus au profit d’entreprises produisant dans des conditions moins contraignantes.

Nul doute que cette enquête va vite découvrir la réalité du terrain qui est bien plus complexe et réductrice que celle décrite par la société CBA. Conformément à l’article 67 de la loi n°15-09 l’enquête sera terminée dans les 9 mois qui suivent la date d’ouverture et ce délai peut être porté jusqu’à 12 mois si des circonstances spéciales le justifient.

En attendant, le consommateur marocain n’a jamais bénéficié d’un tel choix de gamme avec les prix compétitifs pratiqués sur le marché international. Si les mesures de sauvegarde demandées font l’affaire d’une seule société elles pourraient par contre décourager plusieurs PME et PMI à investir dans le marché croissant du mobilier, portes, cuisines, dressing etc…car leur accès aux panneaux à des prix compétitifs rendraient leurs investissements difficilement rentables, car obérés par des intrants chers, ils ne pourraient pas exporter.

Aujourd’hui, plus que jamais, le Maroc risque de passer à côté d’une opportunité unique : construire un tissu de PME et PME compétitif, véritable filière industrielle du meuble capable d’exporter des produits manufacturés composés de panneaux de bois revêtus.

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°166 – Novembre 2018

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