ICI
ACCUEIL > ACTUALITES > Effondrements en cours de travaux : tricherie ou incompétence ?

Effondrements en cours de travaux : tricherie ou incompétence ?

A l’instar de l’immeuble qui s’est partiellement effondré en cours de travaux le 03/08/2019 à Kénitra, plusieurs cas sont enregistrés à travers le monde. Non liés à des catastrophes naturelles, ces sinistres sont traditionnellement imputés au non-respect des règles de l’art qui, dans tous les contrats, sont considérées comme des obligations contractuelles implicites et doivent être observées pour que l’ouvrage puisse répondre aux critères de rigueur en matière de solidité et de stabilité.

Evidemment, en génie civil et plus particulièrement dans le domaine du bâtiment le risque zéro n’existe pas. Toute construction est le fruit d’un ensemble d’étapes et de tâches qui s’enchaînent et se complètent, allant de la conception architecturale à la réception définitive des travaux en passant par l’établissement des plans de la structure, les études techniques et l’exécution proprement dite sous le regard et le suivi du laboratoire et du bureau de contrôle, si bien qu’un manquement au niveau de l’une des phases de ce cheminement risque de provoquer des conséquences dramatiques. Quoique ces écroulements puissent être dus à des erreurs de dimensionnement, les raisons les plus courantes révèlent des malfaçons dans la mise en œuvre. 

Cette diversité des causes potentielles à l’origine des défaillances est suffisante pour écarter les accusations hâtives fréquentes de tricherie et bannir les pré-jugements classiques courants traitant les entreprises d’incompétentes, pour laisser place aux investigations techniques approfondies pour élucider les justifications réelles de ces incidents. 

En effet, l’implication, le sérieux et le professionnalisme de l’ensemble des intervenants, y compris le laboratoire qui joue un rôle crucial dans la vérification du sol et des matériaux utilisés, ainsi que le bureau de contrôle dont l’objectif principal est de contribuer à la prévention des aléas techniques susceptibles de se produire lors de la conception et de la réalisation de l’ouvrage et de compromettre sa solidité ou sa stabilité, peuvent s’avérer insuffisants pour se prémunir contre ces risques d’effondrement en cours de construction. C’est dans ce contexte que des situations concrètes sont abordées dans la suite de cet article.

Le rajout d’eau dans la toupie : le grand danger !
Le Béton Prêt à l’Emploi (BPE) est un béton fabriqué dans une centrale fixe pour être acheminé dans des malaxeurs à pied d’œuvre. C’est ainsi qu’il est de plus en plus utilisé étant donné qu’il est fabriqué de manière industrielle et automatisée et de ce fait, il garantit une précision fiable des dosages et une régularité bien maîtrisée de la qualité du produit final. Aussi, les cadences de l’usine permettent une meilleure productivité et efficacité et facilitent l’organisation du chantier. 

Or, l’état du trafic routier n’est pas une donnée maîtrisable puisqu’il dépend de facteurs externes. Le camion peut donc être bloqué dans un embouteillage; et c’est d’ailleurs l’un des principaux problèmes auxquels sont confrontés quotidiennement les chauffeurs dans de nombreuses villes où les activités économiques sont florissantes notamment en Afrique par suite de la surpopulation, le mauvais état des routes, l’insuffisance de l’infrastructure routière, l’indiscipline et la conduite imprudente. 

De surcroît, des retards excessifs peuvent également être pris à cause de pannes ou de crevaisons. De peur que le matériau contenu dans la toupie finisse par être abandonné dans le cas où il est conservé trop longtemps, le conducteur peut procéder, à l’insu de tous, au rajout de l’eau dans le béton dans l’objectif de la fluidifier et prolonger ainsi sa durée de vie. Cet acte est facilement exécutable car les malaxeurs sont munis d’une cuve d’eau, prévue à la base pour le nettoyage de la goulotte de vidange après chaque déchargement. En effet, même si le délai tolérable de livraison dépend de la température ambiante et du vent, le temps cumulé de transport, bétonnage et de mise en place doit généralement être limité à 1h30 ou 2h au maximum, au risque d’avoir une perte de maniabilité ou carrément un début de prise du béton. De surcroît, un temps supplémentaire d’attente sur site et de positionnement du camion doit être prévu. Or ce rajout d’eau, interdit par l’article 5.3.2 du DTU 21, a des effets particulièrement néfastes sur la résistance, le retrait et la porosité et, par conséquent, sur la fissuration et la durabilité. C’est pourquoi, une structure coulée avec un tel produit est exposée à un risque d’effondrement ultérieur si les résistances du béton sont très faibles malgré les coefficients de sécurité appliqués par le BET dans le dimensionnement des structures. 

La résistance à la compression à 7 jours : un indicateur sans failles
Le béton est une matière évolutive car sa résistance mécanique s’accroît progressivement dans le temps. En outre, elle augmente remarquablement au cours les 7  premiers jours suivant le coulage avant que le durcissement supplémentaire ne devienne imperceptible parce que la réaction chimique est plus lente. Sa valeur est ainsi présumée être stable et quasi-maximale à 28 jours…

Par Abdelhak El Mouli
ingénieur d’état en génie civil

Pour lire l’intégralité de ce document, CDM Chantiers du Maroc n°178 – Décembre 2019 est disponible dans les kiosques

Top