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Comment la mondialisation rebat-elle les cartes de la région urbaine Tanger-Tétouan ?

région Tanger-Tétouan

Développement international, développement endogène, quels effets d’entrainement ?
Se pose la question fondamentale de l’optimisation des retombées des grands projets sur le territoire régional et de la capacité de concilier développement exogène et endogène. Les agences urbaines de Tanger-Tétouan soulignent que la dynamique des grands projets repose désormais la question plus globale des formes de développement à impulser sur le grand territoire régional.
La Fondation Tanger-Med et d’autres acteurs comme l’Agence pour la Promotion et le Développement du Nord jouent cette optimisation grâce à des soutiens à l’éducation et la formation professionnelle, à la santé et aux services à la population, au développement socioculturel.
Toutefois, au-delà de ces accompagnements, cette problématique ne peut se réduire à une stratégie de compensation mais pourrait être l’essence même du projet régional d’aménagement et de développement.

Un processus de cohésion territoriale, fondé sur un polycentrisme, des complémentarités entre les pôles, une valorisation des ressources patrimoniales et naturelles pourrait renforcer une vision territoriale politique. A Doubler d’un processus de cohésion sociale, à partir des capacités citoyennes de productions et d’innovations. L’initiative du collectif Think-Tanger, encourageant les modes alternatifs de production collective de la ville à partir de la culture en est un exemple probant.

Mais comment y parvenir ? Au-delà d’un nécessaire dialogue pour une mise en cohérence des différents planificateurs de cette région urbaine, c’est également un changement d’échelle, de méthode et de rythme qu’il convient d’imaginer.

La ville « en plus grand », appelée la ville-territoire bouscule les périmètres administratifs et suppose de changer d’échelle pour pouvoir appréhender des dynamiques de fait et notamment les flux réels observés sur le territoire. Gérer la métropole de fait c’est faire mieux à plusieurs dans toute une série d’actions. A titre d’exemples, la question de l’eau a été étudiée lors du séminaire avec la conclusion que la grande échelle permettait une action en profondeur sur la mobilisation des ressources, leur traitement, etc. Le réseau des Médinas et la possibilité de créer une agence de sauvegarde des Médinas à l’échelle régionale a été également évoquée comme outil d’expertise partagé et de coordination des acteurs.
Faire plus, mieux mais aussi autrement : de nouveaux défis se posent à nous sur fond de changement climatique, qui demandent de modifier le logiciel d’aménageur, pour poser une vision et des projets, en complément de la planification. La dimension politique et citoyenne devient majeure.

Gouvernements et gouvernance, pour quel futur ?
Un débat majeur sur l’organisation institutionnelle est en cours au Maroc, s’appuyant sur la régionalisation avancée avec en corollaire la déconcentration du niveau central. Après les élections régionales se posent trois grands questionnements :

• la répartition des compétences et le transfert de moyens. L’élection directe des élus régionaux consacre ce nouvel échelon politique comme étant au cœur du développement et de la gouvernance. Les élus sont désormais décisionnaires de leurs politiques et des choix budgétaires, sans aucune tutelle. Pour autant, le transfert de compétences et de moyens est à poursuivre pour rendre lisible les champs de responsabilités des Régions, leur permette une plus grande efficacité de proximité ;
• la coordination institutionnelle entre les différents échelons de politiques publiques territoriales pour articuler la stratégie nationale sur ce territoire et les dynamiques locales. A Tanger-Tétouan, il paraissait important d’avoir un échange sur les relations entre les deux centres urbains, mais au-delà avec les acteurs des politiques nationales (Tanger-Med, cité Mohammed VI), et ceux des espaces ruraux;
• associée aux stratégies nationales sur le territoire, la Région pourrait dès lors, être en capacité de jouer un rôle actif d’ensemblier. Au-delà de l’institutionnel, c’est par la capacité à animer des processus de projet(s) et à assembler les initiatives citoyennes que s’imposera la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. En ce sens l’organisation de la Medcop et la conception de la Maison du Climat pourrait être exemplaire de ce rôle régional, fédérateur des acteurs et assembleur de financements.

En conclusion, quelques actions de coopération ont été arrêtées :
• Un atelier interuniversitaire 2018-2020 Marseille-Tanger-Tétouan sur la péninsule pour engager quelques dizaines de jeunes concepteurs urbains pour projettera la ville méditerranéenne du futur;
• La poursuite de la réflexion portuaire et métropolitaine à l’échelle méditerranéenne dans le cadre des séminaires AVITEM-AFD-CMI-GIZ;
• Le renforcement de la coopération décentralisée entre la Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

A suivre….

Marie BADUEL
Amine BENAISSA
Coline ULUSAKARYA

Ateliers métropolitains : 5 jours intensifs pour former et échanger

• Lundi 7 mai : inauguration officielle du séminaire et immersion dans l’aire métropolitaine Tanger-Tétouan

Enjeux de la journée : la journée d’inauguration a été l’occasion de comprendre les partenariats de cette initiative de formation. La première table ronde a constitué un moment fort de la compréhension de l’évolution du paysage institutionnel marocain : régionalisation avancée, coordination stratégique entre l’Etat, la région, les communautés urbaines, la montée de la métropole et les nouveaux besoins de coproduction. La conférence de l’après-midi a donné aux auditeurs une vision stratégique d’ensemble tant historique, géographique, que socioéconomique à travers l’observation des dynamiques à l’œuvre sur l’aire métropolitaine de Tanger-Tétouan, territoire d’accueil de ce séminaire.

• Mardi 8 mai : les grands projets industrialo-portuaires, moteurs de développement économique du territoire

Enjeux de la journée : durant la troisième journée, les auditeurs sont partis à la découverte des grands projets industrialo-portuaires de l’aire métropolitaine Tanger-Tétouan, moteurs du développement économique, de la métropolisation et de l’internationalisation de ce territoire. Il s’agissait de comprendre la gouvernance, le positionnement méditerranéen et les perspectives de développement économique et d’aménagement du territoire de ce complexe portuaire, industriel, logistique et commercial. En écho, la fondation Tanger-Med et l’Agence pour la Promotion et le Développement du Nord ont exposé les politiques de cohésion entre le territoire portuaire et l’arrière-pays.

• Mercredi 9 mai : la thématique de l’eau dans l’aménagement du territoire

Enjeux de la journée : la quatrième journée de formation s’est intéressée à la prise en compte des enjeux environnementaux dans l’aménagement du territoire, et à la thématique de l’eau en particulier. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma recèle, en effet, de grandes capacités en eau – 17% des ressources nationales – notamment l’oued Loukkos, l’oued Martil et l’oued Laou. Un travail de grande ampleur a consolidé la capacité de mobilisation de l’eau, notamment par la construction de barrages, la gestion des oueds ou encore la modernisation des réseaux pour augmenter leurs rendements. Pour autant, le changement climatique a des impacts majeurs sur les ressources hydrauliques : réduction de la capacité des barrages, dérèglement du régime des oueds, dégradation de la qualité des eaux et augmentation de la fréquence des périodes de pénurie d’eau… Par ailleurs, la problématique de la ressource en eau et à l’assainissement est devenue pour Tanger-Tétouan un enjeu majeur porté par le roi du Maroc aux incidences sociales, sanitaires et environnementales. La gestion déléguée de l’eau porte un enjeu métropolitain de réduction des coûts et d’accès massif à l’eau intégrant Tanger, Tétouan et les communes rurales environnantes. La grande échelle pourrait jouer la réduction des coûts et l’augmentation de la qualité du service. Trois thématiques ont été abordées pour comprendre la complexité de la problématique de l’eau :

• Une approche macroéconomique de l’offre et de la demande de l’eau
• L’accès au réseau : entre urbain, agriculture et industrie, les problématiques sociales de l’accès résidentiel, etc;
• L’innovation et la recherche appliquées pour une plus grande efficacité de la gestion de l’eau et de son ré-usage

En transversal, s’est posée la question de la gouvernance des politiques de l’eau.

• Jeudi 10 mai : le positionnement stratégique de Tétouan sur la culture et le patrimoine et les complémentarités dans le cadre du bi-pôle Tanger-Tétouan

Enjeux de la journée : La ville de Tétouan est reconnue pour la richesse architecturale de sa médina, classée depuis 1997 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est aussi l’un des deux centres de développement du bi-pôle Tanger-Tétouan, dans la mesure où ces deux villes concentrent l’essentiel des activités industrielles, des équipements structurants et services de la région. La cinquième journée a été donc l’occasion d’étudier la réhabilitation et la valorisation de ce patrimoine culturel comme potentiel de développement équilibré et résilient, mais également d’interroger la stratégie d’aménagement du Grand Tétouan au-delà du centre-ville et en articulation avec les dynamiques d’aménagement à l’œuvre sur ce territoire.

• Vendredi 11 mai : accompagner les mutations urbaines, les nouvelles dynamiques de l’aménagement

Enjeux de la journée : L’aire métropolitaine Tanger-Tétouan connaît une métamorphose urbaine sans précédent : l’accroissement rapide de la population soumet l’habitat, les équipements et les services urbains à une forte pression. Une production massive dans le secteur immobilier entraine un étalement urbain sans précédent, bien au-delà de la ville traditionnellement constituée. Comment et par qui s’organise cette production ? Quels impacts immédiats en termes urbains, sociaux, environnementaux ? Comment accompagner ces changements rapides et de grande ampleur par de nouveaux pôles urbains structurants ainsi que par des équipements qui puissent bénéficier à l’ensemble de la population, en particulier en périphérie ? La sixième journée de formation a permis aux auditeurs de rencontrer différents acteurs engagés dans la mutation territoriale et de réfléchir avec eux sur les enjeux posés par l’aménagement de ce territoire.

Un séminaire aux multiples participants

Les partenaires à l’origine de ce cycle 2018 de l’Institut Méditerranéen des Hautes Etudes Urbaines et Territoriales – AVITEM, AFD, GIZ et CMI – tiennent à remercier les intervenants ayant participé à cette semaine de séminaire à Tanger-Tétouan :

Mohamed Saoud, Vice-Présidente de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma
Assia Bouzekry, Vice-Présidente de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma
Fatima Belahcen, Adjointe au Maire de Tanger
Thierry Vallat, Consul Général de France à Tanger
Nisrin Alami, Ingénieur en chef principal, Chef Division de développement durable au Conseil Régional Tanger-Tétouan-Al Hoceima
Abdellatif Brini, Chargé de mission auprès de la Direction de l’Agence Urbaine de Tanger
Rachid Amerniss, Chargé de mission auprès de la Direction de l’Agence Urbaine de Tétouan
Hakim Cherkaoui, Directeur de l’Ecole d’Architecture de Tétouan
Mohamed Jamal, Inspecteur régional de l’aménagement du territoire de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima
Mounir Mouradi, Responsable Exploitation du Port de Tanger Med
Aziz Chahbouni, Directeur Stratégie et Planification, Agence pour la Promotion et de Développement du Nord
Claude de Miras, Directeur de recherche émérite à l’IRD
Mohamed Laarbi Zogari, Comité de suivi de la gestion déléguée d’Amendis à la Communauté urbaine de Tétouan
Mehdi Zouak, Directeur de l’Institut d’Art Moderne de Tétouan
Abdeslam Chaachoo, Président de l’Association Tétouan Asmir
M’hammad Benaboud, Vice Présient de l’Association Tétouan Asmir
Mohammed Jallel, Directeur de la Ville Nouvelle de Chrafate
Mohsine Lyazrhi, Chef de projet à l’agence Al Omrane de Tétouan
Amina Mourid, Chef de projet du collectif Think Tanger
Hicham Bouzid, Directeur artistique du collectif Think Tanger
Nadia Fellah, Chargée de la protection des droits de l’Homme, Commission Régionale des Droits de l’Homme de Tanger-Tétouan

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°164 – Août/Septembre 2018

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