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Du béton des entrepreneurs et des ingénieurs à celui des architectes

béton des architectes

LES PREMIERS OUTILS DE CALCUL FACILITENT SON DÉVELOPPEMENT
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le béton armé est encore une science empirique : elle est le prolongement naturel de l’activité traditionnelle du savoir-faire de l’entrepreneur qu’est la maçonnerie. Cependant, les ingénieurs commencent à s’intéresser particulièrement à ce domaine et le premier cours de béton armé est donné par Charles Rabut à l’école des Ponts et Chaussées à Paris en 1897. S’ensuivent en 1902 l’édition de deux livres théoriques importants : « Le béton armé et ses applications » de Paul Christophe et « La construction en ciment armé » de Berger et Guillerme. Les bases du calcul du béton armé sont désormais lancées : c’est un matériau qu’on comprend mieux et dont on évalue avec une bonne précision les performances. L’Exposition universelle de 1900 à Paris consacrera définitivement son image qui changera pour être associée à la modernité.

LE BÉTON DES ARCHITECTES : UNE ESTHÉTIQUE NOUVELLE EST NÉE
Après la Première Guerre mondiale, deux approches d’architectes s’opposent. Ceux, traditionalistes et « structuralistes », qui préconisent le béton comme moyen technique pour établir la structure qui sera finalement cachée, et celle des architectes novateurs, qui utilisent la structure comme élément clé d’une esthétique nouvelle.
Pour ces derniers, le béton va devenir un matériau de prédilection. Célébré et encensé, il est le parfait symbole de la modernité : il apporte la liberté, celle des formes et des espaces. Cette affirmation est clairement et très tôt établie, en 1914, par Le Corbusier avec le projet Dom-ino qui affirme clairement la rupture architecturale : la structure poteau poutre vient de naître.
Les architectes du monde entier vont alors s’approprier ce matériau, devenu incontournable, et dont on maîtrise parfaitement bien la fabrication et le calcul : la révolution architecturale du XXe siècle peut commencer.
Certains architectes se sont particulièrement distingués et, grâce à leur audace et leur imagination, ont contribué à l’évolution des formes architecturales tout au long du XXe siècle. Passons en revue certaines d’entre elles.

PIER LUIGI NERVI (1891-1979)
« Le béton armé est la plus belle technique que l’humanité soit parvenue à inventer » affirmait cet architecte et ingénieur italien dont les inventions, dans le domaine du béton armé, lui ont permis de résoudre de manière esthétique des problèmes techniques jusqu’alors insolubles.
Convaincu que la qualité esthétique d’une oeuvre n’est que la conséquence de la justesse de sa structure, Nervi a toujours été en quête de résistance à travers la forme. Son invention d’un nouveau type de béton armé polyvalent (un treillis d’acier fin noyé dans un béton fin) lui permet de réussir des chefs-d’oeuvre comme le palais des Expositions de Turin en1949.

En fin de carrière, Nervi construit des bâtiments en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud et bien entendu en Italie son pays d’origine. Outre la salle de conférences du Palais de l’Unesco à Paris, construit en collaboration avec Marcel Breuer et Bernard Zehrfuss, son premier projet international est la gare routière, encore fonctionnelle, George Washington aux Etats-Unis. Son toit consiste en un assemblage de pièces triangulaires entremêlées.
Le gratte-ciel Pirrelli (1959) à Milan, construit en collaboration avec Gio Ponti, et le palais des Sports de Rome, édifié en 1957 en collaboration avec Annibale Vitellozzi font partie de ses plus grands chefs-d’oeuvre. Entouré de poteaux en forme de Y et couvert par un dôme de béton nervuré, ce bâtiment est devenu une référence de l’architecture sportive du XXe siècle.

En 1971, Pier Luigi Nervi conçoit le Norfolk Scope en Virginie sur les mêmes bases que le palais des Sports de Rome. Avec un béton monolithique, le dôme de cette « arène », mesurant 134m de diamètre pour 33,5m de haut, a été au moment de sa construction le plus grand de son genre au monde.
Les hangars de Pier Luigi Nervi construits pour l’aviation militaire italienne à Orvieto entre1935 et 1943, sont des édifices de 100 m de long sur 40 m de large ne reposant que sur six points d’appui donnant, ainsi, au béton armé des formes à la fois lyriques et géométriques, qui influenceront l’école formaliste.

FÉLIX CANDELA (1910-1997)
Felix Candela surnommé le « Shell Buider » (constructeur de coquilles), est un architecte-ingénieur structure espagnol qui a joué un rôle important dans le développement de l’architecture mexicaine. La plus importante contribution de Candela à l’ingénierie des structures fut le développement de toitures en béton armé sous forme de paraboloïde hyperbolique, et l’utilisation de structures en voiles minces très économiques dont l’épaisseur dépassait rarement 5 cm.

Candela entra en 1927 à l’Ecole Technique Supérieure d’Architecture de Madrid et, en 6e année, commença, de sa propre initiative, à étudier les coquilles minces en béton. Comme Franco était parvenu au pouvoir, Candela, opposant, fut contraint à l’exil et parti à Veracruz (Mexique). Entre 1950 et la fin des années 60, il fut responsable de centaines de projets commandés par le gouvernement mexicain. Il réalisa notamment le Cosmic Rays Pavillon, le stade olympique pour les JO de 1968 au Mexique et la magnifique église de la vierge Milagrosa.
Candela était aussi passionné par l’analyse du comportement des structures et il essayait de résoudre un problème en analysant les propriétés géométriques des structures, en fabriquant des maquettes plutôt qu’en élaborant des calculs compliqués.

Paru dans A+E Architecture et Environnement au Maroc 

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