ICI
ACCUEIL > ACTUALITES > ARCHITECTURE > Interview avec Azzedine Nekmouche, Architecte – Président du CNOA

Interview avec Azzedine Nekmouche, Architecte – Président du CNOA

Azzedine Nekmouche

« Sur 2000 architectes du privé, 500 uniquement travaillent et c’est une catastrophe quand on a un pays qui produit des millions de mètres carrés.»

Quel bilan faites-vous après 10 mois de présidence du Conseil National de l’Ordre des Architectes?
Azzedine Nekmouche : On a fait beaucoup de choses malgré tout, même si on n’a pas beaucoup communiqué dessus. Nous avons effectué une remise à niveau de la gestion au niveau de l’ordre et des premières actions comme la réalisation d’un congrès qui devait avoir lieu en Algérie et qu’on a pu amener et tenir au Maroc, celui du congrès de la 56ème session de l’Union Africaine des Architectes, parrainée par l’ONU et qui a vu la mise en place des recommandations d’El Jadida. Au niveau de l’ONU et au niveau mondial, vous rentrez sur le site internet d’El Jadida, vous allez trouver que c’est d’El Jadida que les recommandations au niveau urbanistique ont été déclarées. Nous nous sommes attaqués dès le début à la discipline, qui est le principal problème de la profession, et demandé aux conseils régionaux de lancer les procédures disciplinaires adéquates. Celles-ci ont commencé à voir le jour puisqu’un certain nombre de signataires sont passés en commission de discipline et des sanctions ont été prononcées. Nous avons mis en place le nouveau cahier de chantier suite aux différentes réunions avec les ministères. Ce dernier est mis en application actuellement à travers tout le Maroc conformément à la loi 66-12 et au décret 17-77. Nous avons mis en place d’autres actions également comme la préparation du 14 Janvier.
Par ailleurs, tous les dossiers qui existent dans la profession depuis 1989 et qui ne sont jamais sortis ont été ressortis et des équipes sont en train de travailler dessus d’arrache-pied pour pouvoir, d’ici la fin de l’année, avoir des résultats et les déposer au niveau du SGG, la TGR et tous les ministères. Nous avons remarqué que beaucoup de ministères n’ont jamais eu la présence de l’Ordre des Architectes. Or, notre pays ne peut se construire sans nous et nous avons décidé qu’il n’y aura plus de politique de la chaise vide : les architectes doivent être présents au niveau de tous les ministères. On ne construit pas simplement du logement pour faire habiter les gens, mais pour faire vivre les gens et aujourd’hui le Maroc a besoin de l’Architecture et des Architectes et tout le monde a droit à leur service, du riche au pauvre. Nous essayons de réunifier le secteur et de le mobiliser autour d’un seul thème : la citoyenneté. Tout le monde doit être gagnant : l’Ordre des Architectes, les promoteurs, mais surtout le citoyen. On doit tirer le maximum pour le citoyen et on doit faire comprendre au promoteur qu’il peut donner un très bon résultat et être toujours gagnant. Dans cet esprit, nous collaborons actuellement avec la Fédération Nationale des promoteurs immobiliers qui est constituée d’une très bonne équipe qui a envie de travailler dans ce sens. Il est temps de travailler main dans la main pour que le citoyen puisse obtenir un bon produit.
Notre objectif actuellement c’est d’arrêter de parler « d’un Maroc utile et d’un Maroc inutile ».
Nous mettons tout ce qui est en notre pouvoir pour réhabiliter, redorer et redonner au citoyen du milieu rural la dignité qu’il mérite et qu’il avait d’antan. Nous avons fait des visites et nous avons remarqué que le patrimoine immatériel du Maroc est là-bas. L’état dépense 170 000 dhs pour reloger un citoyen venu de la campagne, qui vit dans un bidonville tandis que si l’état ne dépense que 40 000 pour réhabiliter certains logements, créer des activités, des coopératives, une animation, à travers des maisons d’hôtes en architecture de terre par exemple, les résultats seraient remarquables…

Quel passif avez-vous trouvé et comment le réglez-vous ?
A.N  : C’est vrai que quand on est rentré, on a trouvé un passif très important. Tout d’abord, les locaux de l’Ordre étaient dans un état catastrophique : des archives désorganisées, un personnel insuffisant, à savoir une secrétaire et un coursier, et des dettes vis-à-vis du Conseil, des procès en cours qu’il fallait régler… On ne blâme personne mais on est en train de faire en sorte que les erreurs ne se répètent pas et faire en sorte de laisser les choses claires et nettes aux successeurs. Au niveau administratif, on a trouvé que l’ordre était absent dans plusieurs administrations. Des lois sont sorties sans la présence de l’ordre. Je pense que beaucoup de temps a été perdu dans des querelles intestines. Notre profession a besoin d’un corps solide et nous essayons de réunifier tout le monde. Aujourd’hui, nous avons environ 2000 architectes dans le public et 2000 dans le privé. Sur les 2000 architectes du privé, 500 uniquement travaillent et c’est une catastrophe quand on a un pays qui produit des millions de mètres carrés. Feu Sa Majesté Hassan II avait dit en 1986 qu’avec 800 architectes à l’époque, il y avait de quoi donner du travail à 10 000 architectes. Aujourd’hui, avec ces 2000 architectes, je suis sûr qu’on peut arriver à 20 000 architectes si le travail est bien réparti et que les choses se font dans les règles de l’art.

Ce qui nous amène au sujet des signataires. Alors où on en est ?
A.N : Depuis 1989, d’après la loi, on devait avoir un conseiller juridique. Lors de la réunion avec monsieur le ministre dernièrement, le sujet a été évoqué et le courrier devrait être signé incessamment afin d’en désigner un. Mais de la bouche même de monsieur le Ministre, est-ce qu’on avait vraiment besoin d’un conseiller juridique nommé par l’Etat ? Ne sommes-nous pas capables de désigner nous-mêmes un conseiller juridique et de demander à l’Etat de l’entériner ?
Je crois qu’on aurait gagné 30 ans. Les signataires ont été oubliés, pourquoi ? D’abord parce que les quelques 170 jeunes architectes diplômés chaque année de l’ENA devront attendre 6, 8 voire 12 mois avant d’avoir leur autorisation d’exercer. Aujourd’hui, je signe encore des dossiers qui datent de 2006. Durant cette période, ces jeunes diplômés sont l’appât de certains rapaces qui sévissent dans les administrations. Un des objectifs que j’aimerais réaliser est donc de réduire le délai des autorisations d’exercer parce que c’est vraiment une catastrophe.

Ceci dit, on a mis en place, depuis le mois de juin 2017, des procédures disciplinaires au sein de tous les Conseils Régionaux. Nous avons actuellement plus de 60 cas qui sont passés entre les mains du conseil de discipline et des sanctions ont été prononcées qui vont de 3 à 6 mois de suspension ainsi que des avertissements. L’architecte a été dévoyé de toute sa fonction éthique, parce qu’on ne le prend que pour sa fonction d’autorisation. On n’a pas encore inculqué dans l’esprit des promoteurs et de certains citoyens que l’architecte n’est pas seulement une autorisation, c’est une conception, c’est un dossier d’exécution, c’est un suivi de chantier, d’un projet dont il est responsable durant 10 ans. Au niveau de la formation, on s’est engagé également à rentrer dans les écoles d’architecture dans le cadre de la déontologie, de l’éthique et de l’exercice extérieur, et surtout de pousser les écoles à avoir des enseignants à temps plein pour traiter du sujet.

Est-ce qu’aujourd’hui la loi 66-12 est appliquée et dans quelles conditions ?
A.N : La loi 66-12 a été, comme la majorité des lois, décidée sans la présence de tous les intervenants, que ce soit les architectes, les promoteurs, les bureaux d’études, les géomètres… Petite anecdote à ce sujet, j’ai appris qu’une loi allait sortir prochainement concernant les déchets de chantiers et je me suis fait inviter de force à cette réunion et il s’avère que l’architecte allait être responsable des déchets de chantier. L’architecte pourrait donc aller en prison simplement à cause d’une mauvaise gestion des déchets de chantier ! (Rires). On veut sortir une loi pour les déchets de chantier mais pour les emmener où ? Vers des unités de tri ou de recyclage qui n’existent pas encore au Maroc ?
Mieux que ça, j’ai appris pendant la réunion qu’une société de tri essaie depuis 5 ans d’avoir l’autorisation pour pouvoir ouvrir un centre de recyclage qu’on ne lui a pas encore accordé ! Donc je ne vois pas pourquoi on devrait en incomber la responsabilité à l’architecte…

bureau CNOA
bureau CNOA

Pour lire l’intégralité de cet article, CDM Chantiers du Maroc n°159 – Mars 2018, disponible dans les kiosques

Laisser un commentaire

Top