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Architecture : mise à mort réglée d’une noble profession

AKALAY FOUAD

La répartition équitable de la commande publique fût, pendant longtemps, considérée comme la panacée universelle de la résolution du problème primordial des architectes : l’accès aux projets.

En effet, les projets d’écoles, dispensaires, lycées et autres administrations publiques ont toujours bénéficié aux mêmes architectes alors que d’autres, formant la grande majorité de la profession, n’en voyaient pas la couleur. Une injustice à laquelle voulait palier le nouveau décret des marchés publics d’architecture qui s’est fixé comme objectif de mettre fin au clientélisme et aux passe-droits. C’était sans compter sur la fourberie de certains confrères et la complicité de fonctionnaires véreux dont la faculté d’attribution des marchés publics a longtemps constitué le fonds de commerce.
Malheureusement, l’euphorie première a vite fait place au scepticisme.

Aussi, les multiples et récentes annulations de concours qu’ont connu les architectes ne sont que le reflet d’un malaise qui est en train de conduire la profession d’architecte à la faillite : une descente aux enfers organisée par un establishment inculte, corrompu et blasé qui ne comprend rien à l’architecture comme art majeur d’expression civilisationnelle.
Car le législateur, soucieux de la qualité architecturale et urbaine des édifices publics, en voulant instaurer la méritocratie, a établi des règles de compétitions, voire des concours obligatoires pour des projets de certaines tailles. Dès lors, pour s’engager dans cette nouvelle dynamique, les architectes engagent des frais importants en mobilisant les effectifs de leurs bureaux et font même appel, parfois et à leurs frais, à des compétences extérieures. Les annulations à répétition des concours, pour lesquels les architectes ont consenti tant d’efforts, montrent le double mépris que subit cette noble profession. A côté de celui du client privé, non éduqué à la chose esthétique, et citadin de fraîche date comme le sont la moitié des marocains, il y a la mésestime et l’arrogance des hauts fonctionnaires de l’administration. Ils sapent, volontairement et avec une volonté de nuire, les efforts des architectes combatifs et téméraires qui n’ont pas peur de batailler dans l’arène de l’excellence. Après les coups bas, les délits d’initiés, les compromissions et les petits arrangements … voilà venue l’ère des annulations. Cette méthode ressemble à celle utilisée dans les quartiers de haute sécurité des prisons où les châtiments inhumains extrêmement dissuasifs ont pour but, d’enlever définitivement à l’auteur toute envie de récidive.

Dans cette mise à mort réglée de la profession, l’instance représentative qu’est le Conseil National de l’Ordre des Architectes, semble évoluer dans une autre planète. En complice silencieux, embourbé encore une fois dans ses querelles intestines, il est sourd aux cris de détresse de la profession qu’il est censé défendre

Fouad Akalay

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Paru dans CDM Chantiers du Maroc n° 140 – Juillet 2016

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