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Quand architecture et acoustique n’en font qu’un(e)

Lamia HAMRITI est architecte DPLG diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de Paris Val-de-Seine en 2007. Très tôt, elle découvre lors de son expérience professionnelle dans deux prestigieuses agences parisiennes (Atelier Jean Nouvel et Atelier 234) le lien fort qui unit l’acoustique à l’architecture. Elle décide alors d’en faire sa spécialité et s’inscrit à l’Université Pierre et Marie Curie où elle poursuit un Master 2 en Acoustique Architecturale et Urbaine (ACAR), qu’elle obtient avec mention. Elle rejoint ensuite un bureau d’études acoustiques parisien réputé avec lequel elle collabore et ce, sur des projets divers notamment à dimension patrimoniale, qui lui ont permis de s’exercer dans cette nouvelle discipline.

Vous êtes la première architecte au Maroc à s’être spécialisée dans l’acoustique, une discipline largement méconnue ici. Pourquoi un tel choix ?
Lamia Hamriti : Si c’est le cas, j’espère qu’il y en aura d’autres qui s’intéresseront à cette discipline car nous ne sommes qu’une petite poignée d’acousticiens au Maroc et il y a tellement de choses à mettre en place pour exercer ce métier dans les meilleures conditions.
Lorsque j’ai commencé mes études d’architecture, j’étais sûre d’une chose, c’était de compléter ma formation d’architecte avec une discipline qui s’inscrit dans la continuité de mes études et de la tradition familiale, mon père étant lui-même architecte et ingénieur.
C’est en agence d’architecture que j’ai découvert le métier d’acousticien et l’importance de l’implication de cette discipline en amont des projets.

Dans quel centre d’enseignement peut-on faire ces études ?
L.H : En Ecole d’ingénieurs, c’est une formation en deux ans ouverte aux élèves ingénieurs. Les étudiants en dernière année de cycle ingénieur peuvent directement postuler sur dossier au M2, à la condition d’avoir validé leur M1 dans un autre master de mécanique ou de physique.
Le CNAM à Paris propose également une formation en acoustique.
En ce qui me concerne, j’ai intégré directement le Master 2 Ingénierie Acoustique, Spécialité Acoustique Architecturale et Urbaine (ACAR) de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris car celui-ci était, à mon époque, ouvert aux architectes diplômés. Des prérequis en physique et en mathématiques étaient nécessaires pour suivre le programme.

Où avez-vous pratiquée cette discipline ?
L.H : A Paris dans un premier temps, au sein du Bureau d’Etudes Acoustiques ALTIA, puis à Casablanca.

Au Maroc, vous êtes sollicitées pour quelles types de prestations le plus souvent ?
L.H : Je suis sollicitée en amont des projets pour des missions d’établissement de notices acoustiques, de prescriptions de solutions acoustiques et de mesures acoustiques dans le domaine du culturel du résidentiel haut de gamme, de l’enseignement et dans le secteur tertiaire. Mon profil atypique, architecte et acousticienne, facilite beaucoup l’intégration des contraintes acoustiques constructives dans tous les projets.

Lorsqu’il s’agit d’acoustique interne, au-delà des objectifs et performances acoustiques à atteindre, ma préoccupation en tant qu’architecte acousticienne me pousse à rechercher des matériaux innovants ou/et locaux et à faire des traitements acoustiques un atout dans les projets d’aménagement. L’acoustique est aussi décorative.

Que pensez-vous de la nouvelle règlementation acoustique en cours de préparation ?
L.H : La réglementation acoustique en cours qui concerne les logements pourra, je l’espère, permettre à tous ceux qui investissent dans l’achat d’un logement, d’en avoir pour leur argent. Les arguments de vente des promoteurs n’ont longtemps concerné que les finitions apparentes qui définissaient le standing du logement. Aujourd’hui, alors que les exigences de qualité augmentent avec le coût du foncier, nous assistons à une vraie prise de conscience collective sur la notion de confort et l’acoustique en fait grandement partie.
Avant la sortie de cette réglementation marocaine et son application, et face à l’insatisfaction grandissantes des acquéreurs, certains promoteurs sont obligés de prendre les devants en intégrant des traitements acoustiques et thermiques dans leurs constructions. Certains font appels aux acousticiens et d’autres appliquent des produits acoustiques sans en maîtriser ni la quantité ni la performance.
Mais il est sûr que nous ne pouvons pas assurer un ouvrage de qualité avec des approximations. Pour que cette réglementation soit appliquée, tous les matériaux et les principes constructifs les plus communément utilisés au Maroc doivent être testés en laboratoire pour en définir la performance acoustique.
Je trouve toutefois que les performances définies dans ce projet de réglementation sont dans un premier temps en deçà des exigences européennes. Elles n’en demeurent pas moins un progrès important tout en autorisant une période de mise en œuvre qui permettra des validations de matériel et matériaux sans créer de surcoûts trop importants.

Pensez-vous qu’elle fera évoluer les mentalités ?
L.H : C’est l’évolution des mentalités et des besoins qui est le catalyseur de cette mobilisation pour la mise en place d’une réglementation acoustique marocaine. Les futurs acquéreurs étant de plus en plus sensibles au confort acoustique dans le logement, si celle-ci voit le jour, elle devra être appliquée et surtout contrôlée.
La responsabilité des différents intervenants du projet à travers la signature d’une attestation de prise en compte acoustique pourrait être un gage de qualité et de respect de cette réglementation.

Autres commentaires ?
L.H : L’avenir de l’acoustique au Maroc a de beaux jours devant elle, notamment si la réglementation vient à être appliquée comme en Europe ou US.
Le projet de réglementation acoustique pour le logement n’en est qu’un premier chapitre car l’acoustique s’applique également aux lieux de travail, aux lieux d’enseignement, à l’hôtellerie, aux salles de spectacles, aux locaux sportifs…
Il faudra aussi récolter les données utiles aux isolations de façades : cartographies sonores urbaines, plan d’exposition aux bruits (aéroports…etc).
L’exigence d’une qualité de vie toujours croissante, tant du point de vue environnemental que social, est un activeur pour l’intégration d’un meilleur confort acoustique sur l’ensemble des projets architecturaux.

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°175 – Août/Septembre 2019

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