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Les architectes peuvent apporter beaucoup !

NEKMOUCHE Azdine

Azdine Nekmouche, comme ancien président élu du Conseil Régional de la région de Casablanca, est bien au fait des dangers que comporte la loi 66-12 concoctée en catimini par une administration impotente mais zélée, responsable de l’anarchie et du laisser-aller urbain et dont elle veut sous traiter aux architectes, à moindre frais, la responsabilité. Il nous livre ici ses appréciations.

Est-ce qu’aujourd’hui, cette loi, tant décriée par les architectes, peut-elle changer dans l’immédiat ?
A.N : Tout d’abord je voudrais vous parler de l’architecte. Des parents ont rêvé voir leurs enfants devenir architectes et beaucoup de jeunes bacheliers ont rêvé faire des études d’architecture. Aujourd’hui nos architectes nationaux ne rêvent plus, ils vivent le cauchemar d’être architecte.
Pour revenir à la loi, non elle ne peut pas changer mais il faut lui apporter des amendements. Pour cela on a intérêt à agir très très rapidement, sinon il y aura un blocage total. Car au 1er architecte touché par la répression ridicule qu’elle contient, tout le secteur s’arrêtera et les promoteurs feront de même. A titre d’exemple, la VEFA (Vente en Etat d’Achèvement) leur donne l’autorisation de vendre des biens immobiliers avant la fin des travaux alors que cette loi prévoit la prison s’ils le font ! Dans ce cas précis, il faut savoir quelle loi appliquer ? C’est le résultat de la précipitation et du manque de concertation sincère et élargie. La question qui se pose est la suivante : est-ce qu’on veut encourager le secteur de la construction ou bien tout arrêter ?
Notre pays est en train de se développer à vue d’œil, notre Roi nous ouvre la porte de l’Afrique, la diplomatie économique n’a jamais été si forte, ce n’est vraiment pas le moment de s’arrêter en si bon chemin. Certes, il faut améliorer le cadre bâti, y injecter plus de qualité et l’architecte peut y contribuer en l’écoutant pas en l’arrêtant totalement. Un certain moment j’ai eu du fil à retordre avec les promoteurs et j’ai même perdu du travail parce que je leur demandais d’améliorer la qualité de leurs réalisations. Récemment, un président de commune a été suspendu à cause de la naissance de plusieurs constructions sans autorisations donc dans la précipitation et sans respecter aucune règle.
Comment se fait-il que cette loi ne s’attaque pas directement à ces projets de constructions illicites réalisés au moment où cette loi est sortie car à la veille des élections des milliers de projets ont été lancés dans toutes les régions du pays pour favoriser l’électorat et acheter
ses voix. Pourquoi ne s’attaque-t-on pas à ce genre d’actions ?

Les honoraires de l’architecte ont-ils été revus en conséquence de cette surcharge de travail imposée par cette nouvelle loi?
A.N : Bien au contraire, la mission complète des architectes a toujours existé et un tableau d’honoraires existe depuis 1947 avec des taux bien supérieurs à ceux appliqués aujourd’hui par l’Etat qui a mis en place le décret de passation de la commande publique qui est catastrophique pour les architectes. C’est un véritable problème ! Et pour enfoncer le clou à une profession dont beaucoup de pratiquants sont sinistrés, le ministre a parlé et a dit que l’architecte est celui qui touche les meilleures honoraires et donc c’est à lui de « plonger ». Est-il au courant de la souffrance d’un architecte pour toucher ses honoraires, est-il au courant du nombre de mois que l’architecte doit attendre pour obtenir une autorisation puis, ensuite, être confronté dans près de 70% des constructions à des intervenants non organisés voir ignorants de toutes les normes (aatachas, tâcherons non formés. ..). Il y a lieu de réorganiser le secteur en obligeant tous les intervenants à faire partie d’une corporation et respecter une charte d’éthique. C’est dans ce milieu que l’architecte exerce avec des honoraires toujours tirés vers le bas tout en ayant toute la responsabilité du projet. Aujourd’hui, on lui ajoute la délation et la menace d’emprisonnement qui est une véritable épée de Damoclès pendue sur sa tête. Le CNOA ( Conseil National de l’Ordre des Architectes ) a signé des conventions avec l’Etat pour que les architectes assistent les institutions de l’habitat afin de permettre aux bénéficiaires de lots pour le recasement ou relogement à des honoraires si faibles mettant l’architecte dans une situation de précarité et devant des intervenants n’ayant aucune connaissance ou conscience des risques encourus lors d’une construction. Les catastrophes ont surtout lieu dans ce genre de projets où l’architecte même en surveillant 24/24 ce genre de projets ne pourra jamais convaincre tout le monde de suivre les normes, chacun essayant de grignoter quelque chose. En cas de catastrophe, l’architecte et l’ingénieur sont les premiers devant la justice. Avec la 66/12, pensez-vous que l’ordre laissera les architectes avoir un contrat d’assistance architecturale à 1800 dhs le lot pour passer des nuits cauchemardesques en pensant que la formulation de béton a été réduite, les dimensions des aciers respectés où le coffrage retiré avant les délais requis pour la bonne prise de béton et que le weekend, la cour ou un étage ont été rajoutés. Les architectes font de l’assistance architecturale et ils sont traînés devant les tribunaux car aujourd’hui on leur demande de prendre toutes les responsabilités avec des intervenants non réglementés : ils risquent très gros. Savez-vous que l’auto-construction dans ce type de projet est réalisée, le plus souvent, par une personne qui n’a aucune formation et aucune culture technique et qui joue le rôle de promoteur et d’entrepreneur devenant, ainsi, juge et parti.
En ce qui concerne les concours, les marchés publics ont plongé les architectes dans un système qui se veut transparent, mais dans la réalité, ils nagent dans des eaux troubles : concours annulés la veille du rendu, primes non payées etc. Les documents à imprimer et remettre coûtant très chers, beaucoup de jeunes perdent tout espoir de décrocher un projet.
Je peux vous dire que beaucoup de mes confrères, dans le cas de projets sociaux avec Al Omrane, ont procédé à des arrêts de chantiers avertissant, ainsi, l’administration depuis des mois du non respect du plan autorisé. Aucun retour de l’administration ! Celle-ci pratique la politique de l’autruche mais dès la première catastrophe les boucs émissaires sont connus, on les fait donc plonger. Nos juges sont confrontés à des lois non conformes à la réalité de la pratique effective dans le secteur du bâtiment. L’administration doit impérativement faire la distinction entre promoteur et entrepreneur .

Concernant la commande privée, n’est-ce pas aujourd’hui l’occasion pour améliorer le niveau de prestations des architectes et de leur honoraires ?

Pour lire l’intégralité de ce document, CDM Chantiers du Maroc n°148 – Mars 2017 est disponible aux kiosques

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