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L’Architecte propose et l’Administration dispose

El montacir Bensaid

Le mammouth est devenu, à l’instar de Dieu, omniscient. Il fait de nous ce qu’il veut et comme il l’entend sans qu’on puisse ni protester ni avoir de recours et pour cause : nous ne sommes plus respectés ni pris en considération. Nous ne sommes plus crédibles. Aucune force de frappe, aucune représentativité, aucune cohésion ni solidarité. Le mammouth peut continuer à nous piétiner en toute sérénité.

Le mammouth bien que préhistorique ne cesse d’aiguiser ses défenses, preuve en est la loi 66-12 qui infantilise l’architecte et le rend tributaire des agents communaux, réduit ses prérogatives et le cantonne au rôle d’exécutant et de délateur. C’est un débat sur lequel je reviendrai plus tard. Parenthèse fermée.

L’administration lance des concours et nous, galériens des temps modernes, y répondons. Le concours nous coûte les yeux de la tête en ce qui concerne le financement et la tête pour la conception et la créativité, sans compter la paperasse infinie et injustifiée des attestations de moins de trois mois de la CNSS, le FISC, l’assurance…Et toujours l’autorisation d’exercer comme si le sceau du Collège ne valait que des cacahuètes. Complètement ridicule qu’un architecte, autorisé à exercer, membre de l’Ordre, ayant une carte professionnelle valide, doive à chaque fois produire une copie certifiée conforme de son autorisation d’exercer originale.

Le pire dans tout ça, c’est que Dieu, pardon, l’Administration annule ce même concours, parfois le reporte ou décide même après résultat de laisser tomber le projet, objet du concours sans payer de primes, sans justificatifs sans excuses. Les galériens s’en retournent, la tête basse, attendant la prochaine marée.
Les consultations connaissent le même sort.

Je ne vais pas m’appesantir sur les délits d’initiés, les consultations biaisées « Bak sahbi », les confrères qui reçoivent le programme des mois avant la publication de l’avis de concours où on nous donne quelques semaines pour un projet qui nécessite des délais autrement plus longs et que les copains de « Bak Sahbi » ont concoctés tranquillement ,avec force, 3D et animations à l’appui.

Mais on se fout de la gueule de qui ?
Je conteste les procédures.
Je conteste la composition des jurys.
Je conteste les montants insultants de certaines primes.
Je conteste la mainmise des trésoriers sur les contrats et les règlements.
Il n’est pas normal que pour les concours et consultations, il n’y ait pas de représentants légaux de notre corporation, soit des membres élus de l’Ordre soit des architectes du privé reconnus par leurs pairs.

Qui juge quoi et comment ? Avec quelle expérience ? Quelles connaissances de l’architecture et de l’urbanisme ?

Allons les galériens souquons ensemble, bravons les vents et marées et nous finirons par arriver à bon port. Les mammouths se sont éteints il y a des millions d’années, le nôtre est un rescapé des temps reculés qu’il va falloir dompter au risque de se faire perpétuellement écraser.

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°176 – Octobre 2019

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