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Annus Horribilis

El Montacir Bensaïd

L’année 2019 s’achève avec son contingent de ratages et d’égarements aussi bien chez les concepteurs que pour le conçu, tout confondu, architecture, urbanisme, aménagement du territoire et écologie. Les gares s’égarent au-dessus des remparts et viennent, en conquérantes type « Mad Max », s’ériger en tours infernales d’acier et de verre et s’imposer comme l’alternative moderne à la soi-disant désuète vision coloniale. C’est à pleurer.

Les campagnes, verdoyantes de nos banlieues, jadis espace de vie, de convivialité pour nos promenades champêtres à l’orée de nos villes, rétrécissent comme peau de chagrin. On arrache dans la joie et la bonne humeur les arbres des vergers en fleurs, le maïs et le blé pour couler du béton et planter les nouvelles villas champignons le long des chemins vicinaux. 

Le rural, loin, beaucoup plus loin des champignons précités, se morfond dans la torpeur de son état moyenâgeux, sans projets, sans équipements. Il attend. Peut-être que le béton, faute de mieux, finisse par arriver.

Les projets pharaoniques se font et se défont au-dessus de nos têtes. La profession n’y est pas conviée. Trop incompétente paraît-il ! Pas digne d’y participer. Dieu reconnaîtra les siens.

La loi 66-12 continue de faire des ravages, doucement mais surement devant une corporation démembrée, désorientée, aphone, apathique, à la recherche du Saint Graal. Les Conseils Régionaux se tâtent, tournent en rond et font de la figuration auprès de l’administration.

Le National, ah le National ! Tellement de défis à relever avec un héritage catastrophique, une situation endémique. Ils sont là-haut sur la montagne à réfléchir, à philosopher. Ils prennent leur temps. Tout va bien dormez braves gens.

Le décret des marchés publics, les concours, les consultations ! Rien n’a bougé d’un iota .On subit, on s’endette pour décrocher de l’utopie et du néant absolu.

Le code unifié du règlement de construction, un Fata Morgana impossible à atteindre ! Un mirage dans le désert de nos cerveaux. 

Comme nous sommes déjà à terre, pourquoi ne pas ajouter un soupçon de CNSS ? Cela ne peut pas faire de mal à une profession aux abois sans droits ni défense.

Les jeunes reprochent aux anciens leurs déboires et les anciens reprochent aux jeunes leur passivité. Equation impossible à résoudre.

La commande s’est évaporée, elle repose dans les tiroirs secrets de l’administration et dans les coffres du privé. Wait and see !
On attend quoi ? Que les honoraires des architectes chutent à 1%, que les terrains soient bradés 50% moins chers, que les entreprises cèdent aux moins disant…C’est une source d’étonnement infinie.

Annus Horribilis, l’année horrible je vous dis !
Play attention! Achtung! Stop! Baraka!

Nous voulons  que 2020 soit l’Annus Mirabilis! L’Année Miraculeuse ! Comment ?

IL FAUT METTRE UN GILET JAUNE A NOTRE EGO !
Il faut tout secouer, tout remettre à plat. Se solidariser et se soutenir. Se mobiliser et s’impliquer. Tous unis, tous architectes, ni anciens ni jeunes mais des confrères et des consœurs unis pour la cause.

Pour finir sur une bonne note, nous continuons à admirer les œuvres de talentueux architectes qui embellissent avec persévérance certaines de nos rues et avenues.

Nous sommes fiers des jeunes qui prouvent leur talent dans une conjoncture difficile.
« A l’impossible nul n’est tenu »

Bonne  Année 2020 avec un seul mot d’ordre. Bougeons ! Bougez !

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°179 – Janvier 2020

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