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Interview avec Ahmed Zouhair Aouad, Chef de département de conseil d’ÁNFORA TERRA, S.L. Université de Grenade, Espagne

Ahmed Zouhair Aouad

Ahmed Zouhair Aouad : « C’est une formation éminemment pratique, avec un axe central important basésur l’application de solutions d’ingénierie aux différentes pathologies détectées dans les bâtiments ».

Pourquoi avoir opté, aujourd’hui, pour ce type de formation en réhabilitation et rénovation du patrimoine?
Ahmed Zouhair Aouad : « Le Maroc n’est pas un pays riche mais il dispose d’un capital qui est formé par ses ressources humaines et son patrimoine, notamment architectural. Ce patrimoine doit être valorisé comme le font les pays voisins pour créer des richesses et en conséquence avoir un impact direct sur la qualité de vie du citoyen.
Lorsqu’on parle de restauration ou de réhabilitation, il faut aller chercher les erreurs commises par d’autres pays et les analyser, et surtout avoir recours aux nouvelles technologies appliquées à ce domaine ainsi que l’innovation dans les techniques de traitement des pathologies, respecter les nouvelles réglementations en matière d’efficacité énergétique, de sécurité, accessibilité etc., et aussi analyser avec une extrême prudence les besoins socio-économiques de l’entourage. Je suis absolument convaincu que ce n’est qu’une question de temps pour que la dynamique de la valorisation du patrimoine aille au-delà des enceintes murées, dans le but de réhabiliter des bâtiments emblématiques du début du XXe siècle (tissus anciens, art déco, etc.), à cause d’un changement d’usage ou de leurs mauvais état de conservation. Ce processus couvrira également les quartiers délabrés. Ainsi, il est nécessaire d’accompagner ce processus avec la formation de notre capital humain. Il est à signaler, par ailleurs, que cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet “ECOLES POSTGRADES” de formations diplômantes et continues à destination d’étudiants et de professionnels. Lancé par le pôle formation de l’entreprise ÁNFORA TERRA, S.L., ce projet consiste à délocaliser des D.U délivrés, entre autres, par l’Université de Grenade et des formations continues dans les filières des Sciences de la Santé ; des Sciences, Technologies et Ingénieries ; des Sciences Sociales, et dont le but est l’acquisition d’une compétence professionnelle complémentaire à la formation initiale ».

Qu’est ce qui caractérise la formation proposée, de celles existantes au Maroc ou en France par exemple. Quelle est sa spécificité ?
A.Z.A : « C’est une formation éminemment pratique, avec un axe central important basé sur l’application de solutions d’ingénierie aux différentes pathologies détectées dans les bâtiments. En outre, la partie théorique sera abordée à partir de cas pratiques. De même, il est à souligner que nous partageons beaucoup de choses avec nos voisins ibériques et en particulier avec l’Andalousie et le Portugal, en commençant par l’histoire commune jusqu’au processus de valorisation du patrimoine, avec ses succès et ses erreurs. Cette formation prétend faire du partage entre les deux rives, un point de départ (les techniques de construction, la typologie du patrimoine historique, les types de matériaux). À partir de là, l’objectif est de créer une dynamique pluridisciplinaire qui aspire à chercher des solutions aux pathologies et aux problèmes réels. De plus, le Projet de Fin d’Expert sera abordé dès les premiers modules et les cas proposés seront d’intérêt public ».

Les acquis de la formation seront-ils facilement appliqués sur le terrain ? En d’autres termes, les participants, une fois revenus à leur poste de travail, vont-ils pouvoir mettre facilement en œuvre les compétences acquises lors de la formation ?
A.Z.A : « J’estime que l’un des avantages de cette formation est son caractère multidisciplinaire (ingénierie, TIC appliquées, géologie, etc.), et par conséquent, les participants pourront noter les retours des compétences acquises avant l’achèvement de la formation et j’oserai, même dire, dès les premiers modules ».

Cette formation est-elle diplômante ?
A.Z.A : « Effectivement, l’EXPERT EN INGENIERIE DE REHABILITATION, RESTAURATION ET CONSERVATION D’EDIFICES ET DE MONUMENTS est une formation diplômante. Elle sera accréditée par l’Université de Grenade (UGR) à travers sa Fondation Générale Université de Grenade-Entreprise (FGUGREM) et ce, conformément aux critères de l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur (E.E.E.S), et en conséquence les 30 crédits E.C.T.S seront capitalisables et transférables à d’autres formations diplômantes de l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur ».

A court terme ou moyen terme peut espérer que les autorités puissent exiger des professionnels ce type de qualifications avant de leur confier des projets de restauration du patrimoine?
A.Z.A : « Probablement, on suivra le même parcours qui a été fait en Europe. Jusqu’à très récemment, ces accréditations n’étaient pas nécessaires pour soumissionner aux appels d’offres aussi bien publics que privés, mais, la réalité s’est imposée. Aujourd’hui, non seulement les professionnels concernés nécessitent avoir la spécialisation, mais aussi les entreprises qui exécutent ces marchés doivent fournir leurs références dans la matière, car, il est démontré qu’une erreur de diagnostic ou une action mal planifiée peuvent avoir de lourdes conséquences sur le patrimoine. Les interventions en traumatologie sont effectuées par des chirurgiens orthopédistes et non par des cardiologues. Par conséquent, la spécialisation, la formation continue et la formation post-grade deviennent de plus en plus nécessaires dans tous les domaines de connaissances, y compris celui du patrimoine architectural ».

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n°168 – Janvier 2019

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